Fête de St Joseph
19 mars 2010 – 30 rue Lhomond, 75005 Paris
En cette fête de St Joseph, nous les spiritains, nous sommes heureux d'accueillir les Sœurs Servantes du Saint Cœur de Marie de la Province de France, nos Sœurs. Au nom de tous, je vous remercie sincèrement d'avoir choisi la chapelle de la Maison Mère pour célébrer le 150ème anniversaire de la naissance de votre congrégation. Mes Sœurs soyez les bienvenues parmi nous. Car ici, vous êtes aussi chez vous.
Vivons cette Eucharistie en communion les uns avec les autres, et avec toutes les Sœurs Servantes du St Cœur de Marie du Canada, de Cuba, du Cameroun, de l'Argentine, des Etats Unis et du Chili. Soyons dans l'action de grâce et la reconnaissance pour toutes leurs vies données dans et par la congrégation et ses œuvres de charité durant 150 ans / et pour leur confiance dans la Providence, pour la vie simple et fraternelle de leurs différentes communautés, toujours soucieuses de garder vivant le testament spirituel du Père Delaplace : "que l'on conserve, dit-il, l'esprit de simplicité, d'humilité, de bonté et de cordialité entre soi et avec les personnes du dehors. Et que l'esprit de famille unisse tous les membres de la famille de la Très Ste Vierge". Ce testament aurait pu être, me semble-t-il, le testament spirituel de St Joseph, chef de la sainte famille que l'Eglise honore tout particulièrement aujourd'hui.
Aussi, par l'intercession de St Joseph, demandons au Seigneur pour vous mes Sœurs, pour votre Congrégation toute entière et pour nous tous qui avons la joie de vous entourer, d'être imprégnés de l'Esprit qui animait le cœur de vos fondateurs.
Demandons lui de nous purifier sans cesse de tout relent de supériorité, d'égoïsme, d'individualisme et de manque de cordialité, afin "de retracer [en nous] la vie et les vertus de la Ste Famille".
Homélie
1/. Joseph avait décidé dans son cœur de rendre à Marie sa liberté. Mais, éclairé en songe, il la prend chez lui. Joseph est celui qui sait ajuster sa conduite à la sagesse et au plan de Dieu, et non à son seul bon sens. Le cheminement de sa réflexion, rapporté dans l'évangile, met en lumière ses qualités humaines, mais surtout sa totale confiance en Dieu. Sans consulter ni la chair ni le sang, il avance sur le chemin ardu de ceux que Dieu s'est choisis pour être ses proches collaborateurs. Marie a déjà dit "oui" au jour de l'annonciation ! Lui, le descendant d'Abraham, devenu juste par sa foi, s'ajuste à Dieu sans paroles inutiles, sans bruit.
Joseph, c'est l'homme des décisions silencieuses. La parole, le Verbe, il n'en est que l'humble serviteur, pour un temps. Lui ne dit rien parce qu'il n'a rien d'intéressant à dire. De Nazareth à Bethléem, de Bethléem en Egypte, de l'Egypte jusqu'au retour en Galilée, comme au temple de Jérusalem, Joseph ajuste sa conduite aux circonstances, mieux encore, à ce qu'avaient annoncé les Prophètes des temps anciens. Il accomplit la promesse en accordant à Jésus enfant puis jeune garçon, la protection, l'affection et le soutien dont il a besoin pour devenir pleinement homme et vivre tout aussi pleinement sa vie et sa mission de Fils de Dieu.
Joseph a certainement compris avant Jean Baptiste qu'il devait laisser toute la place à ce garçon qui lui avait été confié et qui dès l'âge de douze ans se doit à d'autres affaires qu'à celles de son charpentier de père. Par delà les contrariétés et la perplexité dans lesquelles ce fils a du le plonger à de multiples reprises, Joseph a conservé intactes la joie du serviteur, celle de l'ami de l'époux, et sa confiance totale en celui qui lui avait confié une si délicate mission. Il tient sa place, silencieusement, la place du semeur qui laisse pousser la graine tombée dans le silence de la terre et qui produira son fruit en son temps. Il est l'homme de la contemplation d'un mystère qu'il devine plus qu'il ne le perçoit. / St Joseph, c'est celui qui n'exclut personne, ni Marie à un moment difficile de sa vie, ni l'enfant qu'elle portait en elle. Il est l'homme humble qui n'humilie personne. Celui qui est humble n'humilie jamais. L'humble est centré sur le autres, non pas sur lui-même. L'humble accepte le mystère des choses et des évènements qui le dépassent, dans la confiance.
Si Joseph n'avait pas été l'homme de Dieu que nous devions, l'exemple de l'homme juste, Jésus aurait-il pu laisser son établi de charpentier pour une vie de prophète itinérant et de chantre de l'amour de Dieu pour les petits et les marginaux? Aurait-il donné les premières places de son Royaume aux gens du peuple, aux publicains et autres pêcheurs du bord du lac, ou encore aux femmes écrasées par la souffrance, le deuil, la condamnation? Si Joseph ne lui avait pas appris à aimer Dieu plus que tout, au travail comme dans son foyer, Jésus aurait-il eu le courage d'aller jusqu'au bout de l'amour, jusqu'à donner sa vie? Tel fut St Joseph qui après avoir tracé silencieusement le sillon à Jésus, disparut tout aussi silencieusement pour rejoindre son Dieu dans le silence de son amour miséricordieux.
2/. Voilà 150 ans, un homme et une femme se sont levés et sans grands bruits ont mis en œuvre la mission que le Christ leur confiait dans l'Eglise. Comme St Joseph, c'étaient des gens simples, pétris d'humilité et peu soucieux de faire carrière dans l'Eglise ni de s'inscrire en grosses lettres dans l'histoire de notre pays ou de l'Eglise. Confiants dans la providence, ils n'ont poursuivis qu'un seul but: mettre leur vie au service des pauvres et des plus faibles de leur temps dans la discrétion, la simplicité, la confiance, et le sens aigu de la volonté de Dieu. Le Père François Delaplace ne s'est pas enfermé pas dans son service de congrégation très prenant. Il ouvre ses yeux et son cœur aux orphelines qu'il croise dans les rues du 5ème arrondissement de Paris et des alentours. Il est bouleversé par cette misère qui côtoie la pauvreté: Tant de jeunes filles qu'il croise sont laissées à elles-mêmes, comme des foules sans berger en quête d'un pasteur. Lui-même n'a rien / que sa bonne volonté. Mais en digne fils de Claude Poullart des Places, de Pierre Caris et de François Libermann, il fait confiance en la Providence qui lui envoie Jeanne Marie Moisan, femme courageuse, expérimentée et forte, confiante elle aussi en la Providence. D'ailleurs, elle ne conçoit pas son engagement aux cotés des plus pauvres sans s'être consacrée elle-même à Dieu. Le 19 mars 1862, elle remet sa vie entre les mains de son Seigneur pour toujours. Sa consécration à Dieu fera tâche d'huile: d'autres filles la rejoindront pour vivre avec elle le charisme initié par le Père Delaplace.
A l'exemple de la Sainte famille, les jeunes Sœurs ne seront pas épargnées par les épreuves, la pauvreté matérielle d'abord, à laquelle viendront s'ajouter quelques années plus tard, la suppression des congrégations religieuses en France, puis la nationalisation des écoles et des biens de l'Eglise. Mais la confiance en la Providence et en St Joseph qui a su faire face à des situations tout aussi difficiles et compliquées, permet de les surpasser toutes dans la paix et la joie de ceux et celles qui se sont données à Dieu totalement. Les épreuves successives ont enraciné la Congrégation dans le Cœur de Marie et lui ont permis de porter jusqu'aux extrémités de la terre les intuitions évangéliques et le testament spirituel du Père Delaplace qui, en digne fils de Libermann, insiste sur le zèle apostolique, l'esprit de simplicité, l'humilité, la bonté, la cordialité. Cet esprit s'inspire de la charité fraternelle et de l'esprit de famille qui unissait la famille de la très sainte Vierge Marie.
Et il conclut : « Heureuses et bénies de Dieu les communautés où l’on s’efforcera de retracer la vie et les vertus de la Sainte Famille de Nazareth. »
3/. Qu'aujourd'hui, mes Sœurs, ce testament spirituel laissé entre vos mains par votre fondateur et Père continue d'être l'âme de votre congrégation, donne du sens à vos engagements quotidiens, et vous permette de vous enthousiasmer comme au premier jour de votre congrégation par delà les difficultés du temps présent.
La Province de France est la Province de la Sainte famille: que l'exemple de la Sainte famille aux personnalités si différentes les une des autres, mais oh combien unies par les mêmes sentiments, donne à chacune d'entre vous la force d'avancer aux jours de l'épreuve et de la tentation, comme aux jours de joie. Et que chacune d'entre vous ait le souci de demander au Seigneur pour elle même et pour ses sœurs, comme vous l'avez fait durant l'année jubilaire, d'avoir un cœur qui aime sa volonté.
Amen!
Père Gabriel Myotte Duquet, Spiritain
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DIMANCHE 25 AVRIL 2010
Eglise de Saint-Nolff (Morbihan)
150ème anniversaire de
fondation de la Congrégation
des Soeurs Servantes du Saint-Coeur de Marie
Aujourd'hui, comme chaque année, l'Eglise nous invite à célébrer le dimanche des vocations, à rendre grâce pour l'appel de Dieu à tout quitter pour le servir et servir nos frères, à prier pour que l'appel dépouillant des Béatitudes entraîne de nombreux jeunes à expérimenter, à la suite du Christ, le bon Berger, dans l'Eglise, la joie qu'il y a à courir, humble et pauvre, sur les chemins de l'Evangile pour témoigner de la miséricorde de Dieu et de sa tendresse pour tous les hommes, acteurs de communion dans un monde à la recherche de son unité.
Mais aujourd'hui, Jeanne-Marie Moisan, une fille de chez nous, de Saint-Nolff, donne à cette journée de prière pour les vocations un relief tout particulier. Si nous sommes rassemblés ce matin dans cette église qui est l'église de son baptême, c'est bien pour témoigner que cet appel de Dieu qui a traversé sa vie, qui l'a mise en route sur le chemin du don total, nous a fait devenir aujourd'hui ce que nous sommes. Dieu n'appelle jamais en général. Il vient « tutoyer » nos vies, au cœur de nos histoires tissées de grands élans, de sombres trahisons et de conversions quotidiennes. Il vient faire alliance avec chacune de nos existences pour leur révéler l'appel profond à se donner et à tout laisser pour suivre le Christ. Chacun de vos visages donne vie aujourd'hui de manière unique à cet appel entendu un jour par Jeanne-Marie, appel de Dieu relayé par le Père Delaplace et par les cris des plus pauvres, car le « viens, suis-moi » du Christ se conjugue toujours avec le « j'ai besoin de toi » de ceux et celles qu'il a secrètement mis sur notre route pour nous entraîner sur le chemin du don total.
Dans l'évangile de ce jour, Jésus nous donne une définition très dynamique du Bon Pasteur qu'il est : ses brebis écoutent sa voix, il les connaît, elles le suivent, il leur donne la vie, jamais elles ne périront car elles sont dans sa main ». Disciple du Christ bon Pasteur, Jeanne-Marie Moisan a appris au cours de son existence à s'enraciner dans une relation vivante et personnelle avec le Christ.
« Mes brebis écoutent ma voix ». Au temps de sa jeunesse, (elle est né le 3 février 1824) ici, à Saint-Nolff, sa famille, son curé l'ont préparée à entrer dans l'intimité du Christ, lui permettant de révéler les trésors de piété, de générosité et de bonté qu'elle portait en elle et qu'elle mettrait un jour au service de l'Église et de ses frères. Après plusieurs essais et tâtonnements dans quelques congrégations religieuses de son temps, elle se rend toujours plus disponible à l'appel particulier que Dieu lui adressera. C'est en 1855, dans une œuvre de bienfaisance nommée l'Oeuvre de la Sainte-Famille, dirigée par le Père François-Jean-Baptiste Delaplace, pou que l'appel de Dieu rencontrera le désir profond qui monte de son cœur.
« Mes brebis écoutent ma voix; moi je les connais ». Bien incarnée dans la France de son temps, Jeanne-Marie sera marquée par l'ignorance religieuse des familles éprouvées par la pauvreté, le chômage et les misères de toute sorte. Sa réponse: répondre aux besoins humains et spirituels de jeunes filles orphelines. L'Orphelinat de la Sainte-Famille ouvrira ses portes le 19 mars 1860, il y a 150 ans. Quelques amies accompagnent Jeanne-Marie dans cette aventure. Elle-même se consacre à Dieu le 19 mars 1862 et prend le nom de Mère Marie du Saint-Sacrement. La Congrégation est née.
« Mes brebis écoutent ma voix; moi je les connais, et elles me suivent ». Quand on parcourt la vie de Jeanne-Marie Moisan, on est frappé de sa détermination à faire la volonté de Dieu (volonté parfois déroutante), de son courage à vivre au quotidien le projet que Dieu lui avait assigné (pauvreté, heures d'attente pour obtenir le ravitaillement nécessaire à la vie de l'orphelinat), de sa patience, de son abandon et de sa confiance dans les épreuves qu'elle a pu subir (défection de soeurs, déménagements multiples, guerre civile de « la Commune de Paris » en 1870. Peut-être que l'on peut trouver dans son prénom, Jeanne-Marie, associant au pied de la croix Jean, le disciple que Jésus aimait, et Marie sa Mère, un signe que le mystère de la Croix du Christ a traversé sa vie et qu'il a porté du fruit dans son existence et dans la vie de celles qui se sont engagées à la suite de cette servante du Seigneur dans un amour préférentiel pour les plus pauvres de tous temps.
« Mes brebis écoutent ma voix; moi je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle ». Cet héritage de vos Fondateurs, François Delaplace et Jeanne-Marie Moisan, vous ne le conservez pas, chères Soeurs, dans de vieux coffres rouillés. L'impulsion donnée par votre fondatrice vous conduit à vivre le charisme de votre congrégation en France, mais aussi au Canada, aux Etats-Unis, à Cuba, en Argentine, au Chili, au Cameroun, dans une disponibilité renouvelée aux appels que notre humanité lance à vos communautés. Dans vos engagements quotidiens (éducation, santé, pastorale, action sociale), vous rappelez que le Christ est venu pour nous ouvrir à l'espérance, pour donner sens à notre vie même dans la souffrance. Je pense aussi aux soeurs âgées, qui, dans leur prière et dans les tâches accomplies au quotidien, portent les espoirs et les soucis de tous, et sont un précieux soutien pour la vie et le dynamisme de la congrégation. Les détresses humaines sont grandes aujourd'hui. Votre mission est, à la suite de Jésus, d'ouvrir des chemins de vie. Soyez toujours plus présentes dans les multiples lieux de la vie des hommes, en particulier sur les lieux de fracture où le Christ vous donne rendez-vous : aux jeunes qui souffrent au sein de familles éclatées, recomposées, faites découvrir les vrais chemins de l'amour; à ceux et celles qui en ont assez de la vie, redonnez espérance et goût de se battre; aux malades, apportez soutien et réconfort; aux handicapés, aux exclus, aux exilés, montrez qu'une vie est possible. Chaque fois que vous permettez le dialogue entre jeunes, entre parents et enfants, entre voisins, entre autochtones et étrangers... vous sortez ces personnes de leur isolement, vous les faites vivre, vous les ouvrez aux autres et à l'Autre.
« Mes brebis écoutent ma voix; moi je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, personne ne les arrachera de ma main». Aujourd'hui, tracer des chemins nouveaux pour l'évangile est votre mission. Le signe de la vie religieuse est puissant dans tous les lieux que je viens d'évoquer. Par votre vie personnelle et communautaire, vos engagements, votre vie de prière, votre célibat, votre accueil de tous et des plus pauvres; par l'espérance qui vous anime, par votre parole qui les rejoint, par votre foi dans le Christ, vous offrez le vrai bonheur à notre monde en vous offrant vous-mêmes. Par tout ce que vous vivez au milieu des hommes de ce temps, vous êtes signe de l'avenir que Dieu veut construire avec eux et pour eux. Ils découvrent en vous la manière tangible dont Dieu agit dans le monde et l'espérance réelle et lumineuse qu'il offre pour la vie de chacun et de tous. Relevez aussi aujourd'hui, avec la force de votre charisme le défi de l'évangélisation, sans crispations sur les peurs qui peuvent parfois vous amener à douter, sans craindre de vous aventurer sur des routes nouvelles pour vivre ce charisme, en partageant toujours plus votre idéal comme vous le faites déjà avec les personnes affiliées à votre œuvre. C'est la force de l'Esprit que de permettre à chacun de répondre de manière toujours nouvelle aux défis de l'évangélisation. Avancez avec confiance sur le chemin de l'Evangile, les yeux fixés sur Marie, Servante au cœur apostolique.
Marie,
Si on faisait danser les lettres de ton nom,
on trouverait le verbe aimer.
Notre Dame du « oui », Servante au coeur apostolique,
veille sur toutes les religieuses qui,
à la suite du Père Delaplace et de Jeanne-Marie Moisan,
ont pris au sérieux l'appel de l'Evangile à tout quitter et à te suivre
dans la Congrégation des Soeurs Servantes du Saint-Coeur de Marie.
Que leurs vies et leurs engagements soient signe
de cette confiance à laquelle tu invites chaque homme,
de cette espérance qui fait reconnaître ton Esprit à l'oeuvre aujourd'hui,
de cet amour qui chasse la crainte et invente des chemins nouveaux
pour l'Evangile.
Aide-les à discerner les appels de l'Esprit
pour que leur charisme porte aujourd'hui beaucoup de fruit.
En ce 150ème anniversaire de la fondation de leur Congrégation,
renouvelle-les dans leur disponibilité à servir le Christ dans l'Eglise,
et entraîne-les sur les chemins des Béatitudes,
dans la disponbilité aux appels du Père et de leurs frères et soeurs.
AMEN.
Monseigneur Maurice ROGER
(Vicaire Général du Diocèse de Vannes)
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CÉLÉBRATION DE LA MESSE
pour le 150ème anniversaire de la
Fondation des Servantes du Saint Cœur de Marie
à Chevilly-Larue
Samedi 1er mai 2010
HOMELIE de Monseigneur Michel SANTIER
Nous fêtons aujourd’hui, en ce 1er mai, la fête de saint Joseph, artisan charpentier, patron de tous les travailleurs du monde entier, et nous pensons spécialement à tous ceux qui travaillent au service des malades dans ce centre pneumologique.
Mes sœurs, saint Joseph et la date du 19 mars correspondent à des dates importantes de votre histoire. Puisque le Père Delaplace, spiritain, a fondé la Congrégation des Servantes du Saint Cœur de Marie le 19 mars 1860, il y a 150 ans, cela nous vaut d’être réunis tous ensemble aujourd’hui.
Mais pour que Dieu puisse réaliser son dessein de salut sur toute l’humanité, il a eu besoin, et il a encore besoin de la disponibilité de la personne humaine. Pour devenir l’un d’entre nous et nous envoyer son Fils Jésus, Dieu a eu besoin du oui, du Fiat de Marie.
« Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta Parole ».
Pour que puisse s’incarner le désir du Père Delaplace d’ouvrir un orphelinat pour accueillir les pauvres enfants sans parents, il a fallu que Jeanne-Marie réponde à la question :
« Ne voulez-vous donc rien faire pour le Bon Dieu ? »
« Mon Père, où voulez-vous en venir ? »
« Je projette
l’établissement d’un orphelinat
pour recueillir les pauvres enfants sans parents.
Voulez-vous m’aider à faire cette œuvre ? »
« Oui mon Père, je suis à votre disposition ».
et le 19 mars, en la saint Joseph, Jeanne-Marie Moisan a prononcé ses premiers vœux.
Si la Vierge Marie est la sainte patronne de la congrégation, nul doute que depuis 150 ans, saint Joseph, son époux, vous accompagne, car tous les deux sont des serviteurs humbles de la volonté de Dieu, ce que vous désirez vivre au quotidien, comme vous y appelle la lettre de Paul aux Colossiens « Tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus-Christ en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père ».
Ce grand mouvement de don et d’offrande a sa source en Dieu le Père qui a tant aimé le monde, au point de lui donner son propre Fils et avec lui il nous a tout donné.
La Vierge Marie et saint Joseph se sont offerts eux-mêmes pour être au service du don de l’amour de Dieu pour les hommes.
Jésus, lui-même sur la croix, s’est livré tout entier à l’Amour du Père qui a voulu arracher l’homme au péché et à la mort, pour lui donner la vie, cette vie qui circule en nous comme la sève qui imprègne les sarments de la vigne.
Vos fondateurs, il y a 150 ans, se sont laissés entraîner dans ce même mouvement de don et d’offrande d’eux-mêmes par amour des enfants sans affection.
Et vous-mêmes, mes sœurs, vous êtes entrées dans cette histoire d’alliance entre Dieu et l’humanité, vous vous êtes offertes à cette source d’amour qui ne cesse de jaillir du Cœur du Christ pour tous les hommes, comme le souligne le très bel évangile de ce jour :
« Comme le Père m’a
aimé, moi aussi je vous ai aimés.
Demeurez dans mon amour ».
Jésus vous dit, nous dit :
« Comme le Père m’a
aimé de l’amour dont il m’a aimé,
moi aussi je vous ai aimés ».
Il nous invite à inscrire toute notre vie dans cet amour :
« Demeurez dans mon amour ».
Après 150 ans, les sœurs demeurent dans cet amour :
· enracinées dans la prière, une relation vivante avec le Christ, greffées sur la vigne, car Jésus nous dit aujourd’hui « sans moi, vous ne pouvez rien faire ».
· en persévérant dans l’amour fraternel comme nous y invite l’apôtre Paul en ce jour « dans votre vie, mettez l’amour au-dessus de tout ; c’est lui qui fait l’unité dans la perfection et que dans vos cœurs règne la Paix du Christ à laquelle vous avez été appelés pour former en lui un seul corps ». Comme signe de cet amour fraternel, vous prenez particulièrement soin de vos sœurs âgées et malades. Mais si le Christ vous appelle à rester greffées sur lui, à vivre l’amour fraternel, ce n’est pas seulement pour vous-mêmes, mais afin que vous portiez du fruit, que vous rayonniez de cet amour au cœur du monde « ce qui fait la gloire de mon Père c’est que vous portiez beaucoup de fruits ».
Notre monde et notre Église dans ce monde, vivent de profonds changements, de profondes mutations, avec des temps de crise et de croissance qui font que nos contemporains ont peur et s’inquiètent vis-à-vis de l’avenir.
Pour vous, mes sœurs, et pour nous tous, l’appel à demeurer dans l’amour est d’une grande actualité. Seuls, des êtres enracinés dans une histoire, une culture, une vie intérieure, une foi profonde, peuvent ouvrir à nos frères les portes de l’espérance.
Que sera l’avenir dans l’Église, les congrégations ? Vous arrivez à peine à le dessiner, ce n’est pas par manque de discernement, car les changements sont trop rapides pour souligner les arêtes, les sillons pour avancer sans risques.
Certains se durcissent et se referment sur le passé, d’autres choisissent le chemin de l’accusation pour déstabiliser les institutions et plus personne ne sait comment se diriger.
Dans ce monde éclaté qui a peur de la différence, votre voie est celle du demeurer dans l’amour d’être servantes de la communion, servantes de la communion entre les générations au sein de nos communautés, dans la société comme dans l’Église.
Servantes de la communion entre les plus pauvres que vous rencontrez et qui se sentent exclus et la société toute entière.
Servantes de la communion entre les malades et les biens portants.
Servantes de la communion entre les différentes nationalités, confessions chrétiennes et religieuses.
Servantes de la communion entre ceux et celles qui osent à peine frapper à la porte des églises parce qu’elles ne s’en sentent pas dignes et l’Église toute entière.
Aujourd’hui, se vit la communion entre vous mes sœurs qui avez ouvert cette maison et ceux et celles qui y travaillent aujourd’hui avec ce même esprit de charité, d’amour envers ceux qui souffrent ; que cet esprit soit à l’œuvre dans le personnel soignant, le personnel administratif et l’équipe d’aumônerie.
En ce jour, en cette eucharistie « vivons l’action de grâces ».
+ Michel SANTIER
Evêque de Créteil
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02 mai 2010 - 30 rue Lhomond - PARIS
ELLE COURT, ELLE COURT LA PAROLE
Ac 14, 21b-27 ; Apo 21, 1-5a ; Jn 13, 31-33a.34-35
La Parole court. Elle vient d’Iconium et d’Antioche. Elle traverse la Pisidie, la Pamphilie, Pergé et Attalia, des villes et des régions que nous ne saurions plus situer sur une carte ! Elle court, elle court la Parole. Elle descend du ciel ouvert, belle et légère, parée comme une fiancée pour son époux. Dans sa course du ciel jusqu’à la terre, elle s’est posée comme un regard d’amour sur l’humanité entière. Là, elle a planté sa tente : demeure de Dieu avec les hommes. Elle est devenue enfant, messie, gloire et louange. Elle est devenue fête et souffrance, pain partagé et sang versé. Et depuis que la mort n’existe plus et même avant, elle est présence aux hommes, Dieu lui-même avec eux. La Parole réunit tous les peuples dans une même consolation et pour eux, elle fait toutes choses différentes. Ceux qui la prononcent construisent une terre nouvelle. Elle s’est faite Loi, douce et exigeante à la fois, commandement nouveau : « ayez de l’amour les uns pour les autres ».
Depuis le temps qu’elle court, depuis que nous ne cessons de la prononcer plus ou moins bien articulée, elle court peut-être encore. Mais elle court surtout un risque, celui d’être galvaudée, d’être bégayée, d’être inaudible. L’amour sur toutes les lèvres. L’amour à toutes les sauces. L’amour en représentation. L’amour dégoulinant de compassion. Mais quoi ! Nous parlons beaucoup d’amour. Nous le vivons bien peu. Pourtant la Parole d’amour s’est faite chair. Serions-nous donc condamnés à ânonner le commandement d’amour ? A retenir toujours la Parole prisonnière, celle qui, cependant, ferait de nous des êtres nouveaux : des disciples et des témoins ?
Heureusement, au cours des âges, des hommes et des femmes deviennent parfois des voix puissantes qui descendent du Trône divin. Ces voix rejoignent alors la clameur des pauvres, des petits et des humbles, des victimes de l’injustice. Je ne veux pas parler des Paul et des Barnabé, ces ténors de la Parole d’amour incarnée. Je ne veux même pas parler de François Libermann ni de ce secrétaire de disciple que fut François Delaplace, ni de Jeanne Marie Moisan, la bretonne généreuse qui vint à Paris s’occuper d’orphelins et de jeunes filles laissées à elles-mêmes. Je veux parler de chacun de nous. C’est à nous d’aimer.
Bien sûr, ces fondateurs, cette fondatrice nous réunissent aujourd’hui. Mais ils nous réunissent seulement parce que nous continuons à donner consistance à cette Parole d’amour qui un jour les a saisis, eux. Si nous n’étions pas ici pour donner chair à la Parole d’amour, pour mettre en pratique le commandement de l’amour, Paul et Barnabé auraient usé leur salive pour rien, Jean-Baptiste et Jeanne Marie auraient prêché dans le vide. Ce sont les disciples qui font les Maîtres. Si personne ne suit, il n’y a pas de premier de cordée. Si des frères et des sœurs ne se réunissent pas pour porter témoignage, il n’y a pas de fondateurs. Si des hommes et des femmes ne se laissent pas transformer par l’amour, il n’y a pas de Parole d’amour. Si nous n’aimons pas comme le Christ nous a aimés, il n’y a pas de Christ. Le Fils de l’Homme n’est pas glorifié, Dieu n’est pas glorifié en lui et lui n’est pas encore ressuscité. Il est en résurrection.
Nous ne parlerons d’amour qu’en vivant l’amour. Si ce n’est pas le cas, François Delaplace et Jeanne Marie Moisan n’ont pas encore aimé. Et nous ne sommes pas encore des disciples, des témoins. Et nous ne sommes pas encore les Servantes du Saint Cœur de Marie, ni les spiritains, ni les baptisés que nous prétendons être. Nous ne sommes tout simplement pas encore chrétiens.
Le commandement d’amour, si simple à prononcer, est bien plus difficile à transmettre car il suppose que nous nous engagions ; que nous nous engagions confiants comme de petits enfants, doux comme des agneaux et malins comme des serpents. Découvrir la volonté de Dieu, témoigner que nous sommes disciples ce n’est pas rabâcher « aimons-nous » dans nos prières et dans nos chants, c’est répondre à des besoins jour après jour. C’est inventer des solutions au quotidien. C’est partager des luttes et des espérances dès le matin. C’est devenir plus pauvres pour être plus solidaires avant midi. C’est soutenir les victimes que ce monde ne manque pas de fabriquer avant le soir. C’est poser des gestes de charité jusque dans le repos de la nuit.
Nous n’en aurons jamais fini d’aimer. Pas de transmission de l’amour sans amour effectif. Pas de fondation sans disciples qui aiment en vérité. Pas d’esprit de famille sans l’esprit d’amour qui la réunit. Pas d’Eglises compatissantes sans témoins aimant. Pas de Maîtres sans disciples. Pas de Dieu sans les hommes. Pas de gloire sans louange. Pas de musique avec des timbales creuses. Pas de mots sans des cœurs qui les vivent. Pas de bouche qui proclame que Jésus est sauveur sans des mains qui se tendent pour tirer des gouffres les malheureux qui s’y noient. Pas course de la Parole si nous restons assis.
Homélie du P.Gilles Pagès, spiritain
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